L’intuition extravertie… Cet OVNI cognitif qui fait jaillir des blagues à tout bout de champ, remet en cause l’ordre établi et transforme n’importe quel sujet en brainstorming infini.
Une idée en appelle une autre, puis une autre encore, sans jamais s’arrêter. Fascinant ? Oui. Fatigant ? Aussi. Car si l’intuition extravertie ouvre mille portes, elle oublie parfois d’en franchir une seule.
Alors, comment canaliser ce flot incessant sans l’étouffer ? Comment fonctionne l’intuition extravertie exactement ? Quel lien entre cette fonction cognitive et les types ENTP et ENFP du MBTI ? Comment éviter de s’éparpiller et transformer cette énergie en force exploitable ?
C’est ce qu’on va voir ensemble, tu viens ?
Sommaire
- 1 La fonction intuition (N) : l’art de voir derrière les choses
- 2 Les fonctions cognitives en bref
- 3 L’intuition extravertie (Ne) : comment fonctionne-t-elle ?
- 4 Les ENFP et ENTP : Comment Ne influence leur personnalité ?
- 5 L’intuition extravertie à la loupe
- 6 Forces et failles de l’intuition extravertie
- 7 Comment canaliser Ne pour en tirer le meilleur
La fonction intuition (N) : l’art de voir derrière les choses
Je suis au volant, tranquille, quand mon regard se pose sur un camion devant moi. Trois lettres en majuscule s’affichent sur l’arrière : JAC.
Sans prévenir, mon cerveau active une connexion improbable : « Monsieur Ouille, pas avec votre poncho ! ». Une réplique des Visiteurs. Je souris. Je me mets même à le dire à voix haute et ça me fait marrer tout seul dans ma voiture. (ça fait rire mon psy aussi !)
Puis, une autre pensée surgit : « Tiens, ça fait longtemps que je n’ai pas revu ce film ». Et immédiatement, mon esprit enchaîne sur d’autres répliques cultes. « La classe mondiale, peut-être le champion du monde » du Dîner de cons et en quelques secondes, je me retrouve à ressasser tout un tas de dialogues de films comiques, à me marrer tout seul comme un débile.
Ca peut durer un bon moment comme ça, et en discutant avec une personne qui fonctionne comme moi, on peut partir très loin.
Je réalise que je ne sais même plus comment j’en suis arrivé là !
Trois lettres sur un camion ont déclenché une cascade d’associations qui m’a entraîné bien loin de la route sur laquelle je roule. À aucun moment je n’ai choisi de penser à ces films, encore moins d’aligner ces répliques.
C’est arrivé tout seul, comme si mon esprit fonctionnait en mode brainstorming permanent, sans direction précise mais avec une logique interne bien à lui.
Ce que je viens de vivre est une illustration parfaite de la fonction intuition (N) en action et en particulier la fonction cognitive qu’on appelle l’intuition extravertie (Ne).
Les fonctions cognitives en bref
Avant de te parler de l’intuition extravertie (Ne), il faut quand même que tu comprennes ce qu’est une fonction cognitive. Les fonctions cognitives sont issues des travaux de Carl Gustav Jung. Elles sont au nombre de huit, et décrivent comment nous percevons le monde et comment nous prenons nos décisions.
La véritable utilité du MBTI réside à mon sens dans les fonctions cognitives : les comprendre en profondeur, les voir chez soi, apporte tellement plus de finesse, de nuances et d’applications pratiques que se foutre dans un des 16 types avec un test…
Il existe deux grandes catégories : les fonctions de perception et les fonctions de décision. Les fonctions de perception — intuition et sensation — nous permettent de capter des informations. C’est grâce à elles qu’on observe, qu’on ressent, qu’on imagine, qu’on se souvient. Par exemple, sentir une fleur, observer les oiseaux, lire un roman ou rêvasser en regardant les nuages sont des activités liées à la perception. L’intuition perçoit ce qui est caché derrière les apparences, elle cherche des symboles, des patterns, du sens profond. La sensation, elle, capte le réel dans sa matérialité : ce qui est concret, vérifiable, palpable.
Les fonctions de décision, elles, sont là pour trancher. Ce sont la pensée et le sentiment. Elles nous aident à conclure, à choisir une direction, à organiser nos actions. La pensée repose sur la logique, la cohérence, l’efficacité. Le sentiment s’appuie sur les valeurs, l’harmonie et la prise en compte des autres. Quand on utilise une fonction de décision, on peut même se fermer à de nouvelles informations — comme si on arrêtait de percevoir — parce qu’on a besoin d’avancer, de structurer, de conclure.
À cela s’ajoute une autre distinction essentielle : chaque fonction peut être orientée vers l’extérieur (extraverti) ou vers l’intérieur (introverti). On parle alors d’intuition extravertie (Ne), de sensation introvertie (Si), de pensée introvertie (Ti), de sentiment extraverti (Fe), etc. C’est cette orientation qui détermine si notre énergie se tourne vers le monde ou vers notre vie intérieure.
Chaque type MBTI possède une hiérarchie bien précise de ces fonctions cognitives. Chez les types ENFP et ENTP, c’est l’intuition extravertie (Ne) qui domine : une fonction de perception orientée vers l’extérieur, tournée vers les idées, les possibilités, les liens entre les choses. Et c’est exactement ce qu’on va explorer ensemble dans la suite.
Comme pour la hiérarchie des centres en ennéagramme, nous utilisons nos fonctions cognitives dans un certain ordre (automatique et inconscient).
L’intuition extravertie (Ne) : comment fonctionne-t-elle ?
Ne est une forme divergente d’intuition, spécialisée dans la génération d’un grand nombre d’idées, de connexions et de possibilités. Contrairement à l’intuition introvertie (Ni), qui se concentre une vision cohérente, Ne se disperse et explore sans fin les options.
C’est une fonction qui ne peut pas s’empêcher d’ouvrir de nouvelles portes, d’établir des liens inattendus entre des éléments apparemment sans rapport. Elle transforme chaque stimulus en un point de départ vers une multitude de directions possibles.
C’est exactement ce qui s’est passé dans mon anecdote : au lieu de voir simplement “JAC” comme une marque de camion, Ne a immédiatement créé un lien avec un souvenir culturel, puis a poursuivi son expansion en ramifiant sur d’autres références, dans un enchaînement qui semblait aléatoire, mais qui répondait en réalité à une dynamique bien précise.
Ne est ce que l’on appelle un moteur d’idéation (c’est le partenaire idéal de tout brainstorming !). Son rôle n’est pas de fixer une conclusion, mais d’explorer un maximum de pistes et de combinaisons possibles. C’est pour cette raison que les personnes comme moi qui ont Ne en fonction dominante (on dit alors “Ne dom” pour les intimes), qui sont les NP (ENTP et ENFP), peuvent avoir du mal à prendre une décision ferme. Ils veulent être sûrs d’avoir envisagé toutes les alternatives avant de trancher, ce qui peut les amener à repousser sans cesse une décision.
Ce besoin de toujours explorer plus loin confère aux xNxP un avantage net en créativité (chez tous les NP, la fonction de perception est extravertie – ENFP, INTP…)
En raison de leur capacité à établir des connexions nouvelles et sans précédent, ils surpassent les autres types dans plusieurs mesures de la pensée créative. Ils excellent dans les domaines où la capacité à imaginer et à spéculer sur ce qui pourrait être est essentielle : art, design, marketing, invention, entrepreneuriat.
D’ailleurs, l’expression verbale de Ne ressemble souvent à un brainstorming à voix haute. Il suffit d’écouter une blague de David Chabrant (ganesh2 sur YouTube) ou un sketche de Roman Frayssinet, pour se rendre compte du fonctionnement de l’intuition extravertie en temps réel.
Voici l’exemple d’une conférence d’Idriss Aberkane au sujet des puces quantiques de Microsoft qui illustre parfaitement Ne :
“Ce qu’a fait l’équipe de Microsoft pour cette puce Majorana, c’est en fait faire un mini-Internet. Comment l’ARPANET, conçu par la DARPA (…) distribuait les ordinateurs au cas où il y aurait une attaque nucléaire sur les États-Unis pour avoir de la redondance, (…) Eh bien, vous avez la même chose avec les serveurs redondants, du coup. (…) Beaucoup d’entreprises ont des serveurs, alors soit l’un à côté de l’autre, dans un caisson en titane, ou un serveur qui a une copie de l’autre. (…) Ce n’était pas le cas, par exemple, pour la bibliothèque d’Alexandrie, quand Jules César l’a fait brûler accidentellement dans son combat contre le frère de Cléopâtre VII. (…) À Alexandrie, on vous confisquait vos rouleaux, on les recopiait, on vous donnait la copie, et ensuite, eux, ils gardaient l’original. Donc imaginez les pertes incroyables qu’il y a eues avec l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie.”
Un NP en pleine discussion ne donne pas toujours l’impression d’avoir un point de vue fixe. Il teste des idées en temps réel, passe de l’une à l’autre, reformule, élabore de nouvelles hypothèses à mesure qu’il parle. Pour quelqu’un qui ne fonctionne pas comme ça, cela peut sembler excentrique, distrait voire girouette, mais c’est simplement le fonctionnement normal de l’intuition extravertie !
L’intuition extravertie, c’est l’art de ne jamais voir une chose isolément. Chaque élément devient une porte d’entrée vers un réseau de possibilités infinies.
Une simple inscription sur un camion peut ouvrir un flot d’idées et de souvenirs, une phrase anodine peut mener à une réflexion sur un concept plus vaste, un problème peut être abordé sous des angles inattendus.
Lors d’une balade automnale, en voyant une feuille morte au sol, je suis parti sur le cycle sans fin entre vie-mort, inspiration-expiration, en constatant la continuité de tout le vivant : la feuille morte qui se fait digérer par le sol, qui sert de nutriment pour faire pousser une nouvelle graine etc… Ca m’a fait vivre un moment d’épiphanie où j’ai senti ce principe de continuité au sein du vivant.
L’intuition extravertie ne se contente jamais de voir ce qui est là. Elle voit derrière les choses, elle cherche ce qui pourrait être.
Les ENFP et ENTP : Comment Ne influence leur personnalité ?
L’intuition extravertie (Ne) est la fonction dominante des ENFP et des ENTP. Ces deux types partagent une pensée en arborescence, une curiosité insatiable et une capacité à explorer un grand nombre de possibilités. Mais leur manière d’exprimer Ne diffère en raison de leur fonction auxiliaire :
Les ENFP ont le sentiment introverti (Fi) en fonction auxiliaire. Ils sont donc guidés par leurs valeurs et leur monde intérieur, ce qui rend leur Ne souvent plus axé sur l’expression personnelle, l’authenticité et les relations humaines.
Les ENTP ont la pensée introvertie (Ti) en fonction auxiliaire. Ils cherchent donc avant tout la logique, la précision et la compréhension des systèmes, ce qui rend leur Ne plus orienté vers le débat, la déconstruction des idées et la recherche d’optimisation.
Ne chez les ENFP : Explorer pour exprimer son identité
Chez un ENFP, Ne s’exprime avec une touche profondément émotionnelle et personnelle. Ce type ne se contente pas d’explorer des idées pour le plaisir de l’expérimentation intellectuelle : il veut ressentir et donner du sens à ces explorations.
Curiosité et enthousiasme contagieux : un ENFP rebondit sur chaque idée avec excitation, et son énergie est souvent communicative. Il peut parler passionnément d’un sujet pendant des heures… avant d’en trouver un autre qui le fascine encore plus.
Besoin de sens et d’authenticité : l’ENFP ne suit pas une idée juste parce qu’elle est intéressante. Il doit ressentir une connexion avec elle et s’assurer qu’elle est alignée avec ses valeurs profondes (Fi).
Créativité tournée vers l’humain : que ce soit en écriture, en art, en coaching ou en entrepreneuriat, un ENFP utilise son Ne pour inspirer, motiver et créer des connexions émotionnelles avec les autres.
Difficulté à structurer ses projets : malgré sa créativité débordante, un ENFP peut avoir du mal à aller au bout de ses idées, surtout si elles ne lui procurent plus d’excitation émotionnelle une fois la phase d’exploration terminée.
Exemple concret : Un ENFP passionné par la psychologie pourrait explorer mille approches différentes du développement personnel, expérimenter la méditation, le stoïcisme, la PNL… mais n’adopter que celles qui résonnent profondément avec son propre vécu et son identité. C’est mon cas par exemple.
Ne chez les ENTP : Explorer pour comprendre et déconstruire
Chez un ENTP, Ne est davantage tourné vers l’analyse et l’expérimentation rationnelle. Ce type adore jouer avec les idées, les démonter, les reconstruire et surtout… débattre.
Pensée critique et esprit du débat : un ENTP adore tester les idées à travers la confrontation. Il n’a pas peur de poser des questions dérangeantes, de challenger une vision établie ou de jouer l’avocat du diable… parfois juste pour le plaisir de voir où cela mène.
Recherche de la compréhension ultime : contrairement à l’ENFP, qui veut ressentir et vivre ses idées, l’ENTP veut comprendre comment elles fonctionnent. Il utilise son Ti pour analyser, catégoriser et optimiser chaque concept.
Créativité expérimentale : l’ENTP adore jouer avec les possibilités et tester des approches innovantes dans son travail ou ses projets. Il est souvent à l’origine de concepts disruptifs et aime remettre en question les règles établies.
Difficulté à se fixer : comme l’ENFP, l’ENTP peut s’éparpiller, mais lui, c’est surtout parce qu’il veut explorer encore et encore, persuadé qu’il existe toujours une meilleure version d’une idée.
Exemple concret : Un ENTP passionné par l’entrepreneuriat pourrait lancer cinq startups différentes, tester trois modèles économiques en même temps, puis abandonner pour se lancer dans une toute autre industrie, juste parce qu’une nouvelle idée lui semble plus stimulante.
L’intuition extravertie à la loupe
L’intuition extravertie, c’est un peu comme une balle rebondissante. Une fois lancée, elle ne s’arrête jamais vraiment, elle saute d’une idée à l’autre, change de direction à chaque contact et explore un maximum de trajectoires possibles avant de retomber quelque part – temporairement.
Quand j’étais gamin, j’adorais ces petites balles en caoutchouc qui ricochaient partout dans la pièce sans qu’on puisse vraiment prévoir leur trajectoire. Mon cerveau fonctionne exactement comme ça : Une idée en amène une autre, puis une autre encore, parfois sans lien apparent, jusqu’à ce que je me retrouve bien loin du point de départ sans trop savoir comment j’ai fait le chemin.
C’est exactement le principe de l’intuition extravertie (Ne) : elle ne suit pas une ligne droite, elle explore. Elle ne se contente jamais d’une seule option, elle teste. Elle ne regarde pas seulement ce qui est devant elle, elle anticipe, combine et projette.
Mon NeuNeu intérieur : une mindmap en roue libre
L’intuition extravertie, c’est comme avoir un petit personnage surexcité dans la tête, que j’appelle mon NeuNeu intérieur. Il ne tient pas en place, il voit des connexions partout et il ne peut pas s’empêcher d’ouvrir de nouvelles portes, même quand ce n’est pas le moment.
Prenons un exemple simple : j’écris un article sur le TDAH. Je cherche l’origine du terme, je me retrouve à lire la biographie du chercheur qui a écrit un livre dessus, puis ça me fait penser que l’attention est vue comme une norme avec 2 bornes, ce qui m’évoque les recherches que j’avais fait sur le cholestérol à l’époque, puis je repars dans la lecture d’un livre sur les maladies cardiaques.
Si mon cerveau était une carte mentale, elle ne ressemblerait pas à une organisation propre et structurée, mais à une toile d’araignée géante, où chaque point se connecte à d’autres de façon imprévisible.
Le chercheur en neurosciences Dario Nardi parle du cerveau des Ne dom comme d’un “sapin de Noël” : à l’EEG, ça clignote de partout. Toutes les régions du cerveau s’activent en même temps, chacune dans son coin, comme si chaque idée ouvrait vingt portes en parallèle.
Ce phénomène, appelé pensée trans-contextuelle, fait que le cerveau traite n’importe quel stimulus (un mot, une image, une odeur) dans des zones parfois sans lien direct… ce qui génère des connexions ultra-créatives, mais souvent inattendues, voire farfelues.
Autant te dire que beaucoup de Ne dom peuvent se retrouvent dans les étiquettes du TDAH (comme pour l’ennéagramme, le danger est toujours de s’enfermer dedans). Le cerveau part dans tous les sens, mais c’est justement ce qui permet des fulgurances, des associations brillantes… ou du grand n’importe quoi. Avec un minimum de cadre, ça donne des idées vraiment originales. Sans cadre ? Ça fait des étincelles, parfois juste pour le fun.
L’exploration permanente des possibles (et la perte du fil)
Mon NeuNeu intérieur ne peut pas s’empêcher d’ouvrir des portes. Il explore toutes les options disponibles avant de se fixer – si jamais il se fixe.
C’est pour ça que les Ne dom :
- Ont souvent mille idées à la minute.
- Réfléchissent en mode brainstorming permanent.
- Passent rapidement d’un concept à un autre.
- Ont du mal à prendre des décisions définitives (parce qu’il reste toujours une possibilité qu’ils n’ont pas encore explorée).
C’est aussi ce qui explique pourquoi il m’arrive parfois de perdre totalement le fil de ma pensée. Je commence une discussion sur un sujet, je fais une digression, puis une autre, et au bout de cinq minutes, je ne sais plus du tout d’où je suis parti.
Si quelqu’un me demande “Attends, c’était quoi ta question au début ?”, il y a de grandes chances que je ne puisse plus m’en souvenir. Je dois refaire le chemin de mes associations d’idées dans l’autre sens pour me rappeler par où je suis passé.
Les sauts de puce de l’intuition extravertie
L’intuition extravertie ne fonctionne pas par raisonnement progressif. Elle saute d’un concept à un autre, parfois avec des écarts qui semblent absurdes pour les autres.
C’est exactement ce que fait Roman Frayssinet dans ses spectacles. Il commence sur un sujet, puis enchaîne sur une réflexion totalement imprévisible, sans transition apparente. On a l’impression qu’il part en freestyle, mais en réalité, son esprit rebondit en permanence d’une idée à une autre, à la manière d’un Ne dom en train de parler à voix haute.
Prenons un de ses sketchs où il raconte qu’il veut arrêter de fumer :
- Il commence en expliquant qu’il aime fumer mais que c’est mauvais pour la santé.
- Il digresse immédiatement sur les paquets de cigarettes avec des images de poumons cancéreux, et se demande pourquoi on ne fait pas pareil avec la malbouffe.
- Puis il s’imagine un burger avec la photo d’un obèse en souffrance imprimée dessus.
- Ensuite, il pousse encore plus loin et propose qu’on mette des images de couples heureux sur les préservatifs, pour donner envie aux gens de ne pas être célibataires.
- Il termine en parlant des licornes et de la physique quantique, sans qu’on sache exactement comment on est passé de la cigarette aux créatures magiques.
C’est du pur Ne : une idée en entraîne une autre, et une autre encore, sans que le cheminement ne soit linéaire. On part d’un sujet concret (arrêter de fumer), et on finit dans un délire où tout est connecté, où chaque pensée sert de tremplin à une autre, sans qu’on sache où ça va s’arrêter.
Si tu demandes à un Ne dom de retracer exactement comment il en est arrivé à une idée, il y a de grandes chances qu’il ne puisse pas le faire. Son cerveau a fait des bonds trop rapides, établissant des connexions invisibles aux autres, mais totalement naturelles pour lui.
Ce mode de pensée est aussi ce qui rend les Ne dom particulièrement créatifs, car ils sont capables de produire des associations inédites, de voir des liens que personne d’autre ne perçoit, et d’explorer des pistes que d’autres types n’envisageraient même pas.
C’est ce qui crée un humour déconcertant qui peut partir trèèèès loin ! (si tu as déjà écouté Roman Frayssinet tu vois de quoi je parle)
Forces et failles de l’intuition extravertie
L’intuition extravertie (Ne) est une fonction puissante, qui permet d’explorer un large éventail de possibilités et d’ouvrir des perspectives inédites. Elle est un moteur de créativité, de remise en question des normes et d’ouverture d’esprit. Mais comme toute fonction cognitive, elle a aussi ses failles : une tendance à la dispersion et une difficulté à concrétiser ses idées.
Créativité : générer l’inattendu
Ne est un générateur d’idées infini. Là où d’autres types cherchent à approfondir un concept existant, l’intuition extravertie crée du neuf en associant des éléments qui, à première vue, n’ont rien à voir entre eux.
La créativité : Ne ne repose pas sur la perfection d’une idée unique, mais sur la multiplication des possibilités. Elle fonctionne comme un brainstorming perpétuel, testant sans cesse de nouvelles pistes.
Prenons l’exemple d’un entrepreneur Ne dom. Plutôt que de se limiter aux modèles classiques, il va être capable d’inventer un concept totalement nouveau en fusionnant des éléments de plusieurs industries. Airbnb n’est-il pas né de l’idée de croiser hôtellerie et économie du partage ? Netflix de celle de location de films et streaming ? Ces innovations ont été possibles parce qu’un Ne dom s’est dit : « Et si on faisait autrement ? »
Remise en question de l’ordre établi : la pensée disruptive
Un Ne dom a horreur des dogmes figés. Là où d’autres acceptent les règles telles qu’elles sont en se disant « On a toujours fait comme ça », lui se demande automatiquement : « Pourquoi est-ce qu’on fait comme ça ? », « Et si on essayait autrement ? ».
C’est cette capacité à remettre en question l’ordre établi qui permet aux Ne dom d’être souvent à l’origine de grandes transformations. Là où d’autres voient des limites, ils voient des opportunités.
L’exemple parfait, c’est Richard Branson. Il n’a jamais accepté l’idée qu’une entreprise doive se limiter à un seul secteur. Là où d’autres voient des frontières entre les industries, lui s’est dit : « Pourquoi ne pas tout essayer ? » Résultat : Virgin s’est étendu de la musique aux compagnies aériennes, à la téléphonie, aux voyages spatiaux et bien plus encore.
Mais cette capacité à remettre en question les choses peut aussi poser problème. Elle peut conduire à une remise en cause constante, même quand ce n’est pas nécessaire. Un Ne dom peut détruire un projet viable simplement parce qu’il imagine une meilleure version… encore et encore… sans jamais s’arrêter.
Ouverture d’esprit : penser en dehors des cases
L’intuition extravertie est une fonction qui refuse les limitations. Là où d’autres types restent enfermés dans leurs cadres de pensée, Ne explore toutes les perspectives possibles, sans jamais s’interdire d’envisager un point de vue nouveau.
C’est ce qui rend les Ne dom aussi curieux. Ils sont fascinés par ce qu’ils ne connaissent pas encore, toujours à la recherche d’idées inédites, de philosophies alternatives, d’approches différentes. Ils aiment explorer des domaines variés, s’intéresser à tout, sans jamais se restreindre à une seule discipline.
Mais cette ouverture d’esprit a une contrepartie : elle peut parfois se transformer en indécision chronique. Face à trop d’options, trop de points de vue possibles, un Ne dom peut avoir du mal à choisir une direction claire.
Tout défaut étant l’excès d’une qualité, surutiliser Ne cause aussi des problèmes… C’est toujours la même mécanique : plus on est [identifié à quelque chose](https://epanessence.com/identification-enneagramme/, plus on a une façon étriquée de voir la réalité et d’interagir avec elle.
Si l’intuition extravertie est un puissant moteur d’innovation, elle peut aussi poser deux grands problèmes :
La dispersion : courir après trop d’idées
Le plus gros piège pour un Ne dom, c’est la tentation de tout explorer en même temps.
Parce que Ne ne peut pas s’empêcher de générer de nouvelles idées, elle peut donner l’impression de fonctionner en roue libre, sans jamais se poser. Un Ne dom peut commencer un projet avec enthousiasme, puis, quelques semaines plus tard, être attiré par une autre idée qui semble encore plus excitante… et abandonner la première.
C’est ce qui explique pourquoi certains Ne dom accumulent les projets inachevés. Ils ont une valise pleine d’idées géniales, mais beaucoup d’entre elles restent au stade du concept, faute d’avoir été menées jusqu’au bout.
La difficulté de concrétisation : passer de l’idée à l’action
Créer une idée, c’est facile pour un Ne dom. La mettre en œuvre jusqu’au bout, c’est une autre histoire.
Parce que Ne est toujours attirée par ce qui est nouveau, elle a du mal à gérer les phases d’exécution répétitives. Une fois qu’un projet entre dans une phase plus technique ou méthodique, l’intérêt de Ne diminue.
Et si tu penses au syndrome de l’objet brillant ou au FOMO, oui, on est en plein dedans !
C’est là que les Ne dom ont besoin de s’entourer de profils complémentaires, capables de transformer une idée en réalité. Beaucoup d’entrepreneurs Ne dom réussissent parce qu’ils ont des partenaires plus structurés, qui les aident à canaliser leur créativité et à aller au bout de leurs idées.
Un Ne dom seul peut avoir 100 idées brillantes, mais sans un système ou une méthode pour les transformer en actions concrètes, elles risquent de rester à l’état de concepts abstraits.
Comment canaliser Ne pour en tirer le meilleur
L’intuition extravertie (Ne) est une fonction incroyablement puissante, mais sans ancrage, elle risque de s’éparpiller dans un tourbillon d’idées sans jamais rien concrétiser. C’est là qu’intervient la fonction opposée dans l’axe Ne-Si : la sensation introvertie (Si).
Dans chaque axe, on retrouve une fonction de perception (S ou N) ou une fonction de décision (T ou F), avec deux orientations possibles : extravertie (orientée vers l’extérieur) ou introvertie (orientée vers l’intérieur).
Dans le cas d’un Ne dom (comme chez les ENFP et ENTP), la fonction dominante est une fonction de perception intuitive et extravertie (Ne), ce qui implique que sa fonction opposée doit être :
- Une fonction de perception (puisque les axes sont soit perception, soit jugement).
- De type Sensation (S), puisque l’autre type de perception possible est la Sensation.
- Introvertie, car elle doit être l’opposée de Ne qui est extravertie.
Ainsi, Ne et Si forment un axe : Ne (Intuition Extravertie) domine, et Si (Sensation Introvertie) est en position inférieure. Cela signifie que :
- Ne explore constamment de nouvelles possibilités, sans chercher à s’ancrer dans ce qui est familier.
- Si, en tant que fonction inférieure, est moins développée et peut représenter une faiblesse ou un point de stress.
Ce qui se joue, c’est donc un conflit entre l’exploration infinie de Ne et la nécessité d’ancrage de Si. Trouver un équilibre entre ces deux forces est essentiel pour éviter la dispersion totale d’un côté (excès de Ne) ou l’obsession pour la sécurité et la nostalgie de l’autre (excès de Si sous stress).
Les moins de 25 ans ayant Ne dom expérimentent toute une phase de vie où ils explorent tous azimuts plein de sujets, se dispersent, ont du mal à canaliser leur énergie, ont beaucoup de difficulté avec la routine, l’autorité, la régularité… Parce que c’est Ne qui domine et prend toute la place.
Avec la maturité, Si se développe pour ancrer Ne dans la matière : c’est ce qui fait que depuis quelques années j’arrive à écrire des articles quasi-toutes les semaines, jouer du piano quasi tous les jours, aller à la salle de sport 2x par semaine… Parce que Si prend plus de place et m’aide à m’enraciner. Attention, pas trop de Si non plus car ça reste la fonction inférieure, il faut la voir comme des épices dans un plat : ça ne remplace pas la protéine (Ne) mais ça colore le plat et ça enrichit le goût.
Dans la démarche d’individuation si chère à Jung, la fonction inférieure (ici Si) est une clé précieuse car elle ouvre aux fonctions de l’inconscient. Avis aux intéressés par une démarche spirituelle.
Pour équilibrer Ne et Si, voici quelques recommandations tirées de mon vécu personnel (à adapter à ton contexte) :
- Canaliser l’exploration sans fin de Ne : mettre un cadre aide beaucoup, avec un cadre temporel (avec le pomodoro), avec un support adapté pour rendre plus concret cette exploration (en prenant des notes de concepts sur Obsidian).
- Revenir dans le monde réel : quand j’ai batifolé dans mes explorations, ça me fait énormément de bien de couper net l’ordinateur et sortir dehors balader, fendre des bûches, aller nourrir mes poules, me poser au soleil et regarder les oiseaux…
- S’appuyer sur la routine : en tant que Ne dom, j’ai fait le deuil de la discipline robotique, je ne serai jamais Si dom. Par contre, je suis capable de discipline et il s’agit de choisir les points d’ancrage non négociable : je vais à la salle 2 fois par semaine, je produis un contenu par semaine (sauf exception). Ca ponctue mes journées et mes semaines et ça aide à gagner en estime de soi. Choisis une ou deux habitudes et n’en déroge pas.
- Arrêter de changer sans cesse de voie : c’est intéressant de prendre un temps pour expérimenter, ce que j’ai fait dans ma vie avec le sport, l’alimentation, les courants philosophiques, les méthodes marketing, le business, les investissements, les sujets de lecture… Mais à un moment donné il s’agit de trancher et choisir ce qui fait du sens pour soi : fermer des portes pour se concentrer sur quelques unes. Et au sein de cette pré-sélection, laisser s’exprimer la créativité et la fougue de Ne.
Cela dépend aussi de ton type ennéagramme : avec les fonctions cognitives, ça produit un mélange unique qui va t’aider dans la réalisation de tes projets.
Je pourrais en dire beaucoup d’autres mais l’idée est que tu repartes avec quelques pistes pratiques que tu mets en place. Pour aller plus loin et faire de Ne une force dans ta vie et tes projets, on peut en discuter ensemble.