“Les croyances limitantes” : voilà un terme qui revient systématiquement dans le coaching et le développement personnel.

 

Il y aurait d’un côté les croyances limitantes, négatives, emprisonnantes, qui nous empêchent de vivre la vie qu’on désire vraiment.

 

D’un autre côté, il y aurait les croyances aidantes, qui nous aident à vivre une vie géniale, harmonieuse.

 

Comme beaucoup de sujets dans le coaching et le développement personnel, il y a à boire et à manger, et beaucoup de nuances à apporter.

Les croyances limitantes n’y font pas exception.

 

Et si croire aux croyances limitantes était… une croyance limitante ?

 

Dans cet article, explorons plus en profondeur :

 

Quel est l’influence de nos croyances dans la vie ?

Qu’est-ce qu’une croyance limitante ?

En quoi une croyance est-elle limitante ? 

Quelles sont les limites de ce concept de croyances limitantes ?

Tu vois ou tu crois ?

 

Bien des personnes souscrivent au fameux “Je crois ce que je vois” de Saint Thomas d’Aquin.

 

Selon le fonctionnement de notre psychisme, la réalité est plutôt “Je vois ce que je crois”.

En effet, ce que je crois devient ma réalité car je fais en sorte de trouver toutes les raisons que c’est vrai.

 

Les croyances sont simplement des pensées qu’on considère vraies. Personne n’est exclu de ce phénomène.

On a des croyance sur tout : sur nous, sur l’argent, sur le travail, sur l’amour, sur le monde, sur les émotions, sur le succès et la réussite, sur une situation particulière…

 

Les croyances sont scellées dans notre système par des émotions : très souvent il y a de la peur derrière. C’est typiquement ce qu’on appelle un blocage inconscient.

 

Notre psychisme ayant un besoin vital de sens et de cohérence, lorsqu’il considère quelque chose comme vrai, il cherche toutes les preuves pour confirmer ce qu’il croit.

 

Pour cela, notre cerveau utilise automatiquement 2 biais cognitifs : le biais de confirmation et le biais d’attention sélective.

 

Le biais de confirmation me fait accorder plus d’importance aux informations qui valident ma thèse tandis que le biais d’attention sélective me fait sélectionner les informations qui sont pertinentes à mes yeux.

 

Ces deux biais font que le monde me donne toujours plus de la même chose, en fonction de ce que je crois.

 

Autrement dit, si je suis particulièrement touché par la violence, le monde va me servir plus de violence. Je vais voir de la violence partout.

 

Ce n’est pas qu’il y a plus de violence, c’est mon cerveau qui focalise dessus pour me montrer plus de ce qui est important pour moi. Je ne verrai pas les situations de paix et d’harmonie.

 

C’est comme la radio, si tu es câblé sur le 87.7, tu n’entendras pas le 103.2.

 

Le cerveau a la capacité naturelle de trier parmi tout le réel ce qui est pour moi du signal.

Tout le reste est considéré comme du bruit.

 

La croyance est une façon pour notre cerveau d’économiser de l’énergie pour ne pas avoir à penser consciemment à chaque fois, ce qui serait une gouffre énergétique.

 

La croyance est comme un programme inconscient qui se déroule en permanence, permettant l’économie cognitive.

 

Tout cela se déroule en arrière plan dans notre système 1 (qui est le système rapide se déclenchant sans notre intervention consciente), c’est le siège de tous les raccourcis mentaux, préjugés, clichés.

 

Pour une question d’économie, le système 1 a besoin de mettre des étiquettes, des cases : les noirs, les riches, les enfants, les violeurs, les nazis, les sportifs…

 

Le système nerveux n’a jamais eu pour rôle principal d’appréhender la réalité, mais de favoriser l’action, ce qui implique de simplifier et distordre énormément la réalité.

Comment travailler sur ses croyances

Dans le développement personnel et le coaching, il est souvent question de travailler ses croyances.

Les croyances sont vues comme une limite à la réalisation de notre plein potentiel. Travailler sur leurs croyances devient une addiction pour certains.

Prenons une image : ton potentiel revient à la possibilité d’escalader l’Everest.

Manque de bol, tu as une croyance limitante qui te fait croire que tu peux escalader seulement le Mont Blanc.

Tu n’es pas à ton plein potentiel, tu te brides…

Tu as une croyance limitante qu’il faut dégager.

L’obstacle, c’est ta croyance.

On l’a dit juste avant, il est vrai que ce que tu crois définit ta réalité.

Ce que tu crois, tu le crées, tu le rends réel.

La première étape est celle de la conscience.

Il s’agit de constater l’impact de tes croyances sur ta vie, d’observer factuellement en quoi cela oriente ton existence. 

Il s’agit d’une observation brute, dénuée de tout jugement ou opinion, qui permet de prendre conscience de ce qui se joue en nous en dessous du seuil de conscience. (le genre d’observation que tu peux faire en profondeur pendant une retraite de méditation)

C’est la seule manière de constater la nature de nos croyances inconscientes : faire un état des lieux de notre vie sur tous les plans.

Ma vie intérieure, ma relation de couple, ma relation familiale, ma relation à l’argent, ma spiritualité, ma santé, mon travail… Tout cela me renseigne sur ma vision du monde.

Ainsi, mes croyances sur la vie conditionnent ce que je pense, ce que je ressens, ce que je fais.

Nous en arrivons vite à une vision binaire des choses avec 2 types de croyances décrites en PNL et en coaching :

Les croyances limitantes qui sont néfastes pour ma croissance, elles sont un obstacle.

Les croyances ressources qui sont un soutien pour ma croissance, elles sont un tremplin.

Il suffirait ainsi de péter toutes les croyances limitantes pour enfin vivre ma vie de rêve.

Cela valide l’idée d’une progression, d’un potentiel à débloquer, à libérer, où je deviens tout à coup inarrêtable.

C’est le lion à qui on a enlevé sa laisse et qui terrasse tout sur son passage.

Il est vrai que ça laisse rêveur, ça donne envie de se dire qu’on a ce lion à l’intérieur qui ne demande qu’à rugir et rompre sa laisse.

N’est-ce pas un peu trop simpliste ?

La réalité est-elle aussi dichotomique, aussi peu nuancée ?

Détruire les “croyances limitantes” est-il aussi pertinent qu’on nous le dit ?

Bien sûr que non.

Des personnes qui ont fait du coaching, de l’hypnose et des protocoles PNL ad nauseam pour vivre leur vie de rêve et qui se sentent bloqués, j’en ai rencontré des centaines (moi compris).

Nous touchons du doigt les limites des modèles tels que la PNL et la pratique du coaching.

Le terme “croyances limitantes” a du sens dans un contexte d’objectif, quand on a un fantasme, sur ce qui devrait être et qui n’existe pas.

Et s’il y avait autre chose derrière cette histoire de croyance limitante ?

Sii on s’amuse à appliquer les croyances limitantes à elles-mêmes, on constate que croire à des croyances limitantes est déjà limitant…

Un peu de déconstruction

Dans le travail de coaching et de développement personnel, on cherche à maximiser le bonheur, l’efficacité, le bien-être.

 

Cela passe souvent par le travail sur les fameuses croyances limitantes.

 

Donc on s’affaire à identifier les croyances limitantes des gens, à dévoiler leurs barrières conscientes et inconscientes, et à les briser pour leur permettre d’aller au-delà.

 

Souvent la réflexion s’arrête là, car il faut entrer dans l’action, dit-on.

Eh bien justement, questionnons.

 

Pour quelle raison vouloir casser ou reprogrammer une croyance limitante ?

 

Une croyance est dite limitante quand elle est un obstacle à quelque chose de mieux.

 

J’aimerais aller quelque part, il y a des obstacles, donc je dois me débarrasser de ces obstacles pour y arriver. Logique imparable.

 

Comme s’il y avait un ennemi à l’intérieur de nous, un mur, un frein.

 

Il y a une pensée à l’intérieur de moi qui implique une émotion désagréable, probablement une peur, et je la taxe de limitante.

 

N’est-ce pas déjà limitant de penser ainsi ?

Et si les croyances limitantes n’étaient rien d’autre qu’un mythe ?

Qu’une vision simpliste de la psychologie qui résume tout à une histoire d’objectif ?

 

Les croyances sont un peu comme un baromètre de notre psychisme.

Elles nous protègent, elles sont au niveau de ce qu’on peut se permettre, de ce que notre psychisme est capable “d’encaisser”.

 

La croyance limitante est l’émanation d’une partie de nous, comme toute pensée, émotion ou action.

 

Partant de là, à coup d’hypnose, de PNL ou d’EFT, on veut se couper de cette part de nous pour enfin aller vers cet objectif tant désiré.

 

Seulement… Quid de cet objectif ?

 

On se raconte qu’on sera mieux une fois l’objectif atteint.

Est-ce réellement le cas ?

 

Il y a de multiples présupposés dans ce monde du développement personnel que nous pouvons légitimement questionner :

– Atteindre ses objectifs

– Être heureux

– Se dépasser

– Être libre

 

Bien sûr, ça fait rêver d’être libre, d’atteindre tous ses objectifs, de faire péter les limites, d’être heureux tout le temps, de se dépasser.

 

Mais… Est-ce réellement souhaitable ?

 

On revient encore à un idéal à atteindre.

A un “idéal du soi”.

 

Tout ça, c’est du fantasme, pas de la réalité.

 

La réalité, c’est que des millions d’individus courent après cet idéal (qui fluctue selon la personnalité de chacun) et vivent plutôt frustration, flagellation et auto-jugement, qu’harmonie, joie et détente.

 

Parce qu’ils font l’expérience de courir après l’idéal de soi et pas l’expérience de le vivre.

 

Pendant cette course, ils ne vivent pas ici et maintenant, luttant férocement contre leur réalité présente, se condamnant à pousser leur rocher tel Sisyphe.

Derrière les croyances limitantes...

Et si les croyances limitantes n’étaient en fait, pas limitantes ?

(exactement comme les auto-sabotages…)

As-tu déjà émis cette possibilité ?

De mon expérience, les croyances limitantes sont des émanations d’endroits en nous qui vivent de l’insécurité, dans lesquels il n’y a pas d’accueil ni d’amour.

“Je n’y arriverai pas.”

“Je n’en suis pas capable.”

“Je suis nul.”

Ces 3 pensées peuvent être considérées comme limitantes.

Ce qu’on peut lire entre les lignes, c’est un enfant qui ne croit pas en lui et qui se déprécie, qui surinvestit le regard des autres.

Je ne vois pas de croyance limitante là-dedans, seulement un manque d’amour et d’écoute !

 

Avec cette pensée, il y a de l’émotion associée : peut-être de la tristesse, de la colère, voire de la peur. Une pensée ne vient jamais seule.

Est-ce vraiment avec un protocole de PNL ou de coaching qu’on va mettre plus d’écoute dans notre être ?

Je ne crois pas.

Voilà la limite d’un paradigme basé sur la performance et l’efficacité : le risque est de se traiter comme une machine à produire et tout ce qui ne va pas dans le sens de cette productivité est taxé d’obstacle, que ce soit une pensée, une émotion, un ami, un loisir…

Mais où est la vie là-dedans ?

Mon discours n’est pas non plus de jeter le bébé avec l’eau du bain.

Les croyances restent les limites de ta carte du monde.

Sans pour autant lutter contre, il me paraît intéressant d’y faire face, de les explorer, de voir les émotions contenues qui se cachent derrière et de s’amuser à les assouplir.

Par exemple, si tu débusques chez toi une croyance qu’il est impossible d’avoir un business qui tourne bien en travaillant 1 heure par jour… Tu peux simplement te laisser le bénéfice du doute : 

“En fait je n’en sais rien si je pourrais travailler 1h/jour et avoir un business rentable. Je crois plutôt que non aujourd’hui. Ca me ferait trop peur de travailler si peu. Ca me rend triste de le réaliser.”

Tu peux installer le doute dans tes propres certitudes, pour assouplir ton psychisme et t’ouvrir à la possibilité que, peut-être, il existe d’autres possibilités.

Pas besoin de te marteler la tête avec des protocoles PNL, des auto-suggestions ou de la visualisation, tu peux simplement ouvrir grand tes yeux et aller chercher des informations qui vont dans le sens opposé à tes croyances pour voir, finalement, que c’est tout aussi vrai.

Derrière toute croyance que tu veux éradiquer, il y a un enfant blessé qui a peur et ne demande qu’à être rassuré.

Quand tu prends ta peur dans les bras, elle se transforme en courage.

La solution n’est pas dans la violence d’un protocole interventionniste pour éradiquer la “limite” en toi.

Ca reviendrait à abandonner ton gamin de 3 ans dans la colline parce qu’il ne marche pas assez vite et qu’il est limitant pour finir ta randonnée. 

La PNL et le coaching peuvent amener à ce genre d’aberrations en traitant l’humain comme une machine à produire dénuée d’émotions.

Alors la prochaine fois que tu constates une croyance que tu penses limitante, pense à l’explorer, à la comprendre, à voir ce qu’elle signifie. 

Voilà l’occasion de rencontrer une nouvelle part de toi qui était tapie dans l’ombre !

Et pourquoi pas assouplir ton psychisme en explorant d’autres points de vue tout aussi vrais ?

Pour aller plus loin et explorer tes croyances sur toi et sur le monde, tu peux réserver un bilan de personnalité.

5/5 - (3 votes)