Quel vaste monde que celui des émotions !

 

L’expression des émotions n’étant pas enseignée à l’école, peu nombreux sont ceux qui osent les exprimer.

 

Et encore moins nombreux sont ceux qui savent exprimer leurs émotions avec écologie et respect.

 

 

Dans cet article tu vas découvrir :

– Ce qu’est vraiment une émotion

– La différence entre émotions et sentiments

– Les 3 fausses pistes pour exprimer ses émotions

– Comment exprimer ses émotions de façon écologique

– Les obstacles à l’expression des émotions

C'est quoi une émotion ?

Émotion vient du latin “ex” (hors de) et “movere” (mouvoir).

On voit directement l’idée de mouvement vers l’extérieur.

Tout le monde a pu expérimenter les désagréments liées à la répression d’une émotion, surtout en accumulant au cours de sa vie : ça fait la cocotte minute dans le corps comme dans l’esprit (ça génère du stress, ça impacte la santé…)

L’émotion est une expérience subjective très brève (de quelques secondes à quelques dizaines de secondes)

Chaque émotion est associée à un cocktail biochimique que tu peux ressentir dans ton corps.

A bien y regarder, l’émotion est une nécessité biologique pour la survie puisqu’elle nous renseigne sur nos besoins.

 

Considérons les 4 émotions de base : joie, peur, colère et tristesse.

On peut différencier la joie des 3 autres. Pourquoi ?

La joie est l’émotion de base quand les feux sont au vert : tout va bien dans la situation présente.

Les 3 autres émotions sont les émotions aversives de base. Elles sont un indicateur, un avertisseur, pour notre système.

Ce ne sont PAS des émotions négatives, une émotion négative ça n’existe pas !

Pourquoi mettre une valence positive ou négative sur un processus aussi naturel que l’émotion ?

Forcément, quand on croit que les émotions sont négatives, on veut les gérer, les contrôler, les maîtriser voire les étouffer, d’où bon nombre d’addictions.

A quoi servent nos chères émotions ?

• La peur est liée au futur : elle est une réaction d’anticipation face à un événement (réel ou fantasmé) qui pourrait survenir et mettre en danger, risquant de menacer l’intégrité de l’être. (la peur est souvent au cœur de la procrastination par exemple)

• La colère est liée au présent : elle permet de protéger son territoire, se battre pour ce qui est important et se mettre en mouvement.

• La tristesse est liée au passé : elle est une réaction permettant de faire le deuil et lâcher ce qui a été et qui n’est plus.

Parmi les 4 émotions de base, il y en a une en particulier avec laquelle nous ne sommes pas à l’aise et que nous faisons en sorte d’éviter. Dans notre société, c’est souvent (mais pas toujours) la colère. Cela dépend de ta famille, de ce qui est engrammé dans ton cerveau.

Au-delà du mot (car la carte n’est pas le territoire), l’émotion est une énergie de vie qui circule en chacun d’entre nous. Il suffit de voir un enfant pour s’en convaincre !

Certains confondent émotions et sentiments.

Alors qu’on s’entende : ce ne sont que des mots. Même s’il y a des définitions, cela dépend de la subjectivité de chacun.

Pour distinguer les termes émotions et sentiments selon ce qui est décrit dans cet article, faisons simple :

1/ Les émotions sont brèves, elles ne durent pas dans le temps. Regarde un enfant qui pleure ou qui est en colère. Ca dure entre quelques secondes à quelques dizaines de secondes, juqu’à quelques minutes (maximum).

2/ Les sentiments sont des émotions mentalisées, qui sont étirées dans le temps par notre tête. Cela se produit quand l’émotion n’est pas vécue pleinement dans l’instant et qu’elle est entretenue mentalement, comme “ruminée”. Les sentiments sont alors une alerte qui peut nous aider à réaliser que nous n’avons pas vécu notre émotion.

Le continuum émotion-besoin

Exprimer ses émotions est d’autant plus important que nos émotions sont toujours liées à des besoins sous-jacents.

 

Comme le corps et l’esprit, les émotions sont indissociables de nos besoins.

 

On pourrait parler d’un continuum émotion-besoin comme le continuum espace-temps.

 

Ce continuum émotion-besoin est une émanation de notre être.

L’observer à chaque instant est une excellente façon de se connaître.

 

La meilleure façon de se connaître n’est pas de mentaliser qui nous sommes : c’est de regarder ici et maintenant mes émotions et besoins.

 

 

L’émotion de peur est liée aux besoins physiologiques primaires, besoin de sécurité. 

 

L’émotion de tristesse est liée aux besoins relationnels : besoin de relation, d’amour, de partage, de reconnaissance.

 

L’émotion de colère est liée aux besoins de respect, de justice. Elle est liée au territoire, quand quelqu’un enfreint mes limites.

 

 

L’émotion étant un hublot qui nous renseigne directement sur l’état de nos besoins, tu comprends comme il est important de savoir l’exprimer.

3 stratégies inadéquates d'expression des émotions

Avant de détailler la façon recommandée pour exprimer ses émotions, passons d’abord par les stratégies inadéquates pour que tu sois au clair avec ce que je te déconseille.

1/ La culpabilisation : “à cause de toi je vais mal”, “c’est ta faute si je suis comme ça”, “après tout ce que j’ai fait pour toi”.

Certaines personnes passent par la culpabilisation pour faire passer leurs émotions.

Ces phrases assassines sont un appel à l’aide, la personne a fort besoin d’empathie et ne sait pas faire autrement.

Attention à ne pas rentrer dans ces tentatives de manipulation.

Je te déconseille de jouer à ce jeu-là, ça ne peut pas être gagnant-gagnant.

Le côté pervers des phrases culpabilisantes, bourrées de jugement et de critiques, c’est que l’émotion passe (elle est totalement perceptible par un interlocuteur un minimum éveillé) mais elle n’est pas évacuée.

Simplement, l’émotion n’est pas reconnue, pas accueillie.

2/ La plainte : “la vie est dure”, “tu sas parfois le sort s’acharne sur toi…”, “c’est toujours pareil, personne ne fait attention à moi”.

Se plaindre est une bonne façon de ne pas être en contact avec son émotion.

Dans la plainte, il y a un message implicite (souvent un besoin d’être écouté et reconnu), des attentes floues (très souvent non exprimées).

Bref, on nage là encore en plein jeu de pouvoir.

3/ L’expression explosive des émotions : jeter l’émotion à la gueule de l’autre en lui criant dessus par exemple.

Il s’agit souvent de colère mais pas nécessairement.

Ca peut arriver quand les 2 premières stratégies n’ont pas fonctionné.

Tu t’en doutes : ce n’est pas écologique pour la relation.

En réalité, aucune de ces 3 stratégies n’est pertinente pour exprimer ses émotions puisque, même si cette dernière peut être perceptible, elle n’est jamais libérée car elle n’est pas conscientisée.

Je t’invite à ne pas en vouloir aux personnes qui optent pour ces stratégies non optimales, parce qu’elles ne peuvent pas faire autrement.

Ca ne veut pas dire que tu te laisses marcher dessus, tu poses quand même ton cadre si l’autre dépasse les bornes. Simplement, réalise qu’il n’a pas les ressources pour agir différemment.

Comment exprimer ses émotions

Pas comme ça si possible 🙂

Exprimer ses émotions c’est bien, savoir pourquoi on veut les exprimer, c’est mieux !

Pourquoi désires-tu exprimer tes émotions ?

Probablement pour être entendu et compris par l’autre.

2 remarques avant de détailler le processus simple d’expression des émotions :

1/ Tu ne peux pas décider d’être entendu par l’autre, s’il ne veut pas t’écouter et s’il se fiche de tes émotions, tu ne peux rien y faire. Ce que tu peux faire par contre, c’est exprimer ta réalité. Après, le résultat ne t’appartient pas. Parfois, il y a un deuil à faire à cet endroit-là.

2/ Avant de vouloir être reconnu par l’autre, ça commence par reconnaître et accueillir toi-même ton émotion. Ca paraît évident dit comme ça, mais bien peu de gens en ont conscience et prennent le temps pour ça.

Alors comment s’y prendre pour exprimer ses émotions ?

C’est paradoxalement la dernière étape.

(de la même manière que l’argent est la dernière étape d’un processus)

1/ Voir : Constater qu’il se passe quelque chose à l’intérieur, il y a une tension physique. Rappelle-toi que l’émotion est toujours présente dans le corps.

2/ Ressentir : Sentir ce “quelque chose”. Qu’est-ce que c’est exactement ? Où ça se passe ? Qu’est-ce que ça dit ? Eventuellement : quelle est cette émotion ?

3/ Laisser faire : Rester avec cette émotion, comme un parent prend son enfant qui pleure dans les bras, sans rien faire, sans rien dire. Être en présence de cette émotion, la reconnaître de façon inconditionnelle. Qu’elle qu’en soit la raison, qu’elle qu’en soit l’amplitude, elle ne demande qu’à être ressentie.

Il n’y a pas besoin de méthode pour cela. Par contre la libération émotionnelle peut vraiment aider des étapes 1 à 3.

4/ L’expression : Cette étape est optionnelle. Si tu as traversé et libéré ton émotion, il n’est pas nécessaire d’exprimer à l’autre si tu n’en ressens pas l’élan. Par contre, si c’est important pour toi, fais-le évidemment.

La façon la plus simple de procéder est de s’inspirer de la communication non violente (CNV).

La CNV, créée par Marshall Rosenberg, consiste à exprimer sa réalité à l’autre en distinguant observation et sentiments (ce que j’appelle émotions dans cet article) en suivant l’acronyme OSBD :

– O = observation : ce que je perçois de la réalité factuellement

– S = sentiments : mon interprétation subjective de la réalité

– B = besoins : mes besoins 

– D = désirs : ma demande

La CNV est une approche formidable mais il est très facile de mal l’utiliser, notamment en l’utilisant comme un robot, en respectant à tout prix la trame.

Le plus important est l’intention sous-jacente à l’interaction : l’intention de se relier à l’autre.

Ceci étant posé, tu peux pratiquer la CNV en commençant par deux des phases : observation et sentiments.

Par exemple : “quand tu rentres sans me dire bonjour, je me sens triste.”

C’est beaucoup plus accessible ainsi.

Tu peux ensuite rajouter le besoin : “parce que c’est important pour moi d’échanger avec toi.” pour reprendre l’exemple ci-dessus.

Et enfin, si tu as une demande, veille à l’exprimer afin que ce ne soit pas une attente explicite qui reviendrait à manipuler inconsciemment l’autre pour qu’il devine ce qui se passe en toi… 

Pour l’exemple ça pourrait être : “est-ce que tu serais OK de venir me voir avant de partir dans ton bureau ?”

Si tu n’as pas de demande et que tu n’attends rien de l’autre, c’est évidemment optionnel.

Tu comprends bien que pour exprimer ta réalité à travers tes émotions, tes besoins et ton désir, il est capital d’être entré en contact avec toi-même avant !

Sinon qu’est-ce que tu vas partager en dehors de tes propres pensées ?

Attention : exprimer ses émotions nécessite un espace d’accueil en face.

Si l’autre est totalement fermé, ne t’aventure pas, c’est même pas la peine.

Pour cela, les précautions oratoires sont importantes.

Cela peut être aussi simple que “J’aimerais te parler de quelque chose important pour moi, est-ce que tu as 5 minutes ?”

Sinon, arriver de but en blanc en exprimant ta réalité émotionnelle risque de brusquer l’autre : il n’est pas prêt, il n’a rien demandé, il peut être mal à l’aise avec ses propres émotions, il ne s’attend pas à cette situation.

Garde à l’esprit que l’émotion a besoin d’être accueillie, pas nécessairement d’être exprimée à quelqu’un.

Ca dépend le type de relation. 

Il y a globalement peu de personnes à qui tu peux sauf si tu as pris soin de ton environnement. 

Si ton interlocuteur fait preuve d’altérité, alors tu peux y aller sans problème.

Il est possible que tu galères avec l’expression, certains parlent d’auto-sabotages, nous allons plutôt parler d’auto-protection. Cela étant, il y a certains obstacles qui peuvent t’empêcher d’être pleinement toi-même.

Les obstacles à l'expression des émotions

Terminons cet article par les obstacles à l’expression émotionnelle.

 

En effet, pour beaucoup de gens, cela n’est pas aussi simple que décrit dans cet article.

 

J’ai étudié pendant des années les émotions, les besoins et la communication.

 

Est-ce que ça me rend pour autant plus à l’aise avec mes propres émotions ?

 

Non, pendant des années je les fuyais, je ne voulais pas reconnaître ma tristesse.

Selon d’où tu pars, il peut y avoir un gros travail de reconnexion (le temps que les connexions neuronales reviennent).

 

Ce gros travail est seulement nécessaire pour ceux qui ont désappris à cause de leur éducation et/ou leur vie. Enfant, tout le monde vit et exprime ses émotions sans se poser de questions…

 

Si tu galères avec tes émotions, voici 3 causes pouvant créer des blocages émotionnels :

 

1/ Difficulté avec le centre émotionnel (c’est pas forcément un centre émotionnel réprimé) : tu considères que les émotions sont une perte de temps, un aveu de faiblesse… Ou alors tu cherches à comprendre tes émotions. Ou tu cherches à faire quelque chose avec tes émotions.

 

Or, les émotions sont là pour être traversées, c’est tout.

 

2/ Les transes hypnotiques : d’anesthésie, de dissociation, de confusion : les transes peuvent te protéger de ressentir quelque chose. 

Cela peut être lié à un trauma, une expérience désagréable, ton profil de personnalité, ta culture…

 

3/ L’éducation et la société : les émotions ne sont pas les bienvenues dans une société basée sur le sacrifice de l’individu.

La tristesse et la colère sont particulièrement tabous.

Dans certaines familles, c’est la joie qui est déconsidérée.

En tout cas, les messages parentaux ont un poids énorme dans ta vie émotionnelle aujourd’hui, ils conditionnent tes croyances, en particulier si tu n’as rien entrepris pour t’en libérer.

Cela a tendance à survaloriser le regard des autres et à nous en rendre prisonniers.

Voilà, tu es désormais plus éduqué sur l’expression des émotions que 99% des gens.

Commence petit, il ne sert à rien de se presser dans ce domaine.

 

La première chose à “faire” (et c’est ce que je fais moi-même en ce moment), ce n’est pas faire d’ailleurs, c’est ressentir : sur ma montre, j’ai programmé une alarme qui vibre chaque heure. Ca revient à une forme de méditation, une simple présence à soi sans objectif.

 

Quand ça vibre, j’arrête ce que je fais, je tourne le regard vers l’intérieur et me demande comment je me sens, je tourne mon regard vers l’émotion et le besoin (et ça vibre pile à l’instant où j’écris cette phrase, sans rire !).

 

Cela revient à apprendre un nouveau langage, avec son vocabulaire, avec ses nuances. Notre cerveau a oublié (sauf si tu n’as jamais perdu le contact avec tes émotions), il s’agit d’apprendre de nouveau et de pratiquer.

 

Que ce soit la peur, la colère, la tristesse, la joie ou tous leurs dérivés, tu as le droit de ressentir ce que tu ressens, tu as le droit de l’exprimer.

 

Ressentir inconditionnellement, c’est le premier (grand) pas vers l’amour de soi.

 

Si c’est difficile tout seul, tu peux profiter d’un bilan de personnalité pour mieux connaître ton fonctionnement et identifier tes blocages à l’expression émotionnelle.

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