Colère, avarice, luxure, orgueil…

 

Depuis l’avènement des religions, l’humain a identifié 8 passions ou pensées tentatrices (et pas 9 comme dans l’ennéagramme)

 

Comme s’il y avait une force en nous qui nous attirait et nous faisait “dériver du chemin” (on sent la croyance sous-jacente d’un droit chemin).

 

 

L’image de cette pente glissante qui mène aux enfers est très empreinte dans l’inconscient collectif, avec le risque de tomber du côté du mauvais côté.

 

Dans l’ennéagramme, nous laissons de côté toute idéologie dualiste basée sur le bien et le mal.

 

Ce qui nous importe est de nous connaître tel et commencer par nous prendre où nous sommes pour être plus souverain de notre propre vie.

 

 

Les 9 passions de l’ennéagramme vont grandement nous éclairer.

 

Alors qu’est-ce que la passion en ennéagramme ?

 

Pourquoi 7 péchés capitaux, 8 logismoï et 9 passions ?

Quelles sont les 9 passions des 9 types ?

A quoi sert la passion dans une dynamique de connaissance de soi ?

 

 

Voyons cela ensemble et continuons à explorer la finesse de l’ennéagramme.

8 logismoï et 7 péchés capitaux

Evagrus, le padre de l'église chrétienne

 

Revenons 1600 ans en arrière.

 

Evagre le Pontique, père du désert, moine et théologien du 4ème siècle, formalise la pensée ascétique chrétienne.

 

Il mentionne dans son Traité pratique 8 logismoï (signifiant pensées tentatrices, entêtantes), ou 8 passions :

 

La gourmandise, la luxure, l’avarice, la tristesse, la colère, l’acédie, la vaine gloire et l’orgueil.

Ces 8 logismoï ont grandement inspiré l’ennéagramme.

 

 

On peut voir aussi l’inspiration des 7 péchés capitaux (capitaux au sens “à la tête” d’autres péchés), dont tout le monde a entendu parler : l’orgueil, l’avarice, la luxure, l’envie, la gourmandise, la colère et la paresse.

 

Tiens, un péché a disparu ?

 

Ah les coquins !

Où est passé la vaine gloire de Evagre le pontique ?

 

 

Thomas d’Aquin ou un pote à lui n’a pas dû considérer que c’était un péché… 

 

 

En ennéagramme, on considère 9 types de personnalité, donc 9 egos qui se construisent sur 9 compulsions.

 

 

Pour rappel, la compulsion d’un type est un élément du réel (tel que le conflit, la colère ou l’échec) que la personnalité est câblée pour ne PAS voir. 

 

Tout le psychisme d’un type se base sur l’évitement de ce pan du réel.

 

Il y a bien 9 “péchés” dans l’ennéagramme puisque c’est la pente glissante naturelle de chaque ennéatype, nous allons les voir en détail dans un instant.

C'est quoi la passion en ennéagramme ?

Nous parlions de péché capital, étiqueté de mauvais, diabolique, par l’église chrétienne.

N’est-ce pas un paradoxe puisque le “péché capital” n’est rien d’autre que la passion, à savoir ce que ressent chaque ennéatype dans son ego ?

Comme si nous étions tous mauvais par nature.

(toute ressemblance avec des doctrines ayant un idéal de purification et d’éradiquer le mal serait fortuite)

 

Le mot “passion” a connu un glissement sémantique avec les années.

Il peut désigner aujourd’hui le jet-ski, la couture ou l’esclavage d’enfants (ça fait toujours du bien d’élargir sa fenêtre d’Overton)

 

L’étymologie de passion vient du grec “pathos”, la souffrance.

 

Au sens de l’ennéagramme, on entend par passion ce qui se passe dans notre centre émotionnel (dans l’ego), là où la fixation concerne le centre mental (dans l’ego).

 

 

Le centre émotionnel est aussi le siège de la vertu (dans l’essence), tandis que le centre mental est le siège de l’idée supérieure (dans l’essence)

 

(Chaque type de personnalité a ses mécanismes spécifiques.)

 

Qu’est-ce que ça veut dire, concrètement ?

 

Quand la compulsion s’active, l’ego enclenche ses réactions automatiques et inconscientes pour ne pas être confronté au pan du réel sacrifié qu’il ne veut pas voir.

 

Pour ça, le mécanisme de défense s’active, ainsi que la passion et la fixation.

 

En ennéagramme, la passion est ce que nous observons chez quelqu’un dans son centre émotionnel quand il est activé par sa compulsion, simplement.

 

9 types de l'ennéagramme = 9 passions

L’ego a un fonctionnement automatique, il ne sert à rien de lui jeter la pierre ou de juger quelqu’un car il est parti dans sa pente égotique, c’est une inclination naturelle en situation, de stress, de fatigue… 

L’ennéagramme nous rappelle que nous sommes tous logés à la même enseigne !

 

 

Chaque ennéatype a sa passion :

 

Pour le type 1, c’est la colère. Quand le réel ne colle pas à ses idéaux, il ressent la colère tout en la réprimant aussitôt (car elle est aussi la compulsion du 1).

 

Pour le type 2, c’est l’orgueil. Il s’approprie les réussites d’autrui, il veut qu’on lui reconnaisse ce qu’il a fait pour nous. Paradoxal pour un ennéatype qui se veut altruiste et qui ne s’aime en général pas beaucoup.

 

Pour le type 3, c’est le mensonge, la tromperie. On parle de mensonge émotionnel, car, en s’identifiant à un idéal de soi, à un objectif, le 3 se ment à lui-même en permanence. Il se ment sur ce qu’il ressent et sur le visage qu’il montre au monde. C’est à rapprocher de la vaine gloire de Evagre le Pontique, car le 3 cherche à être quelqu’un de valeur par ses actes, ce qui est totalement vain.

Pour le type 4, c’est l’envie, la jalousie. Il se sent différent, dysfonctionnel. Il aimerait tellement être comme telle ou telle personne, qui a l’air tellement plus heureuse, tellement plus belle, tellement plus épanouie.

 

Pour le type 5, c’est l’avarice. On parle d’avarice de soi, de ses connaissances. C’est le 5 qui se met en retrait et donne peu de lui dans la relation. Il se dévoile à dose homéopathique et garde pour lui sa carte du monde.

 

Pour le type 6, c’est la peur, la lâcheté. Face au danger qu’il imagine, il fuit et fait preuve de couardise. On pourrait supposer que Evagre le Pontique était de type 6 puisque la peur et la lâcheté n’apparaissent pas dans les 8 logismoï alors que c’est la passion du 6 et que, comme par hasard, son mécanisme de défense est la projection, c’est-à-dire qu’il se croit vierge de toute ombre (puisqu’il la projette sur autrui).

 

Pour le type 7, c’est l’intempérance, la gloutonnerie. Pour éradiquer la souffrance, il veut jouir avec un maximum de plaisirs possibles et imaginables, jusqu’au trop plein. 

 

Pour le type 8, c’est l’excès, luxure. Pour montrer à quel point il existe, il est excessif sur tous les plans : dans ses paroles, dans son comportement, dans son envie de contrôle, avec la nourriture, le sexe…

 

Pour le type 9, c’est la paresse, l’acédie, l’indolence. On parle de paresse à se connaître, tant le 9 peut développer des trésors d’ingéniosité pour ne pas se connaître. Ce n’est pas forcément une paresse à l’action, même si ça peut correspondre à certains 9 qui collent parfaitement au cliché de celui qui se narcotise toute la journée sur des écrans, de la nourriture, des substances plus ou moins légales…

 

Ca ne veut pas dire que le type 1 ne peut pas faire preuve d’intémperance ou le type 3 ne fera pas d’excès.

Simplement, toute sa vie, un ennéatype vivra SA passion préférentielle dès lors que la compulsion s’activera.
(à moins d’un niveau d’intégration suffisant où les mécanismes égotiques de l’ennéatype deviennent caduques)

La contre-passion, une fausse intégration ?

Parler seulement de passion serait incomplet car certains types ne s’y reconnaissent pas.

Aujourd’hui, grâce à des travaux plus récents sur l’ennéagramme (en particulier en France grâce aux Chabreuil), on a découvert que la passion n’est pas le seul mécanisme possible du centre émotionnel lors de l’activation de la compulsion.

On peut aussi constater la contre-passion.

La contre-passion vient de la modélisation du type 6 dont on connaît 2 variantes : phobique et contre-phobique.

Le type 6 phobique fuit le danger, il est peureux et plutôt dans l’évitement : c’est la passion de peur et de lâcheté.

Le type 6 contre-phobique adopte la stratégie inverse : il voit le danger, il a peur mais il fonce dedans, se faisant croire qu’il est courageux. C’est la contre-passion de témérité où il cherche à se prouver à lui-même (et aux autres) qu’il n’a pas peur.

On est loin de la vertu de courage.

 

Pour chaque ennéatype, c’est le même principe.

La contre-passion est aussi un mécanisme qu’on peut observer dans le centre émotionnel.

Chez certaines personnes, nous observons plutôt la passion et chez d’autres la contre-passion. Les deux peuvent être visible chez la même personnalité, ça peut dépendre de la période de vie, du stress, du contexte, de son niveau d’intégration ou de désintégration…

  
La contre-passion, c’est en quelque sorte l’ego qui s’approprie l’intégration : elle n’en est qu’une pâle copie qui ne trompe que l’individu concerné…
 
Bien tenté !

 

Voyons les 9 contre-passions de l’ennéagramme :
 
Pour le type 1, c’est le renoncement : il (se) fait croire qu’il a renoncé à sa colère, à ses idéaux élevés. Il tombe dans une forme non jugement qui n’est pas réellement vécu puisqu’en fond, la colère est toujours là…
 
Pour le type 2, c’est l’effacement. Il continue d’aider les autres proactivement mais fait l’exact contraire de l’orgueil, en se mettant complètement entre parenthèses et en faisant passer le message que son aide ne vaut vraiment pas grand chose, alors qu’il crève d’envie de recevoir de la reconnaissance.
 
Pour le type 3, c’est la retenue. Au lieu de se mentir à lui-même et de jouer un personnage pour plaire, il se met au second plan et met l’autre en valeur. Il se ment encore plus à lui-même, car il crève d’envie d’être au premier plan et de recevoir l’approbation des autres.
 
Pour le type 4, c’est l’auto-suffisance. Il fait passer l’idée qu’il se suffit à lui-même, alors qu’il a secrètement envie d’être comme les autres.
 
Pour le type 5, c’est la prodigalité. Au lieu d’être avare de lui et d’informations, il va baratiner et faire de longs exposés en brassant du vent, en partageant des informations de faible valeur dont il sait que ça ne vaut rien. Au fond, il garde pour lui les informations vraiment précieuses, nourrissant encore l’avarice.
 
Pour le type 6, c’est la témérité. C’est le type 6 contre-phobique qui brave tous les dangers et montre à quel point il est puissant et courageux, alors qu’il est toujours lâche et peureux dans ses tripes. C’est très caractéristique chez le sous-type sexuel de l’ennéatype 6 : force/beauté.
 
Pour le type 7, c’est l’austérité. Au lieu d’accumuler les plaisirs et la jouissance, il cherche à transformer la souffrance en plaisir et veut prendre plaisir dans la restriction, la contrainte, les limites. On peut rencontrer plus fréquemment la contre-passion d’austérité chez le type 7 de sous-type social “idéalisme”.
 
Pour le type 8, c’est la circonspection. Il retient sa colère, se contient et semble mesuré. Or il n’en est rien, il est une cocotte minute sous pression, prête à exploser, tant il réprime son excès.
 
Pour le type 9, c’est l’hyper-activité. Il se narcotise à coup d’activités, par le travail, par l’apprentissage, par le développement personnel ou toute sorte d’activité qui continue, en fait, d’alimenter la paresse à se connaître.
 
 
Comme tu le constates, la contre-passion est un mécanisme très subtil qui, lorsqu’on ne le connaît pas, peut donner lieu à des incompréhensions et à une difficulté à identifier un type de l’ennéagramme.
 
Par exemple, voire un type 7 qui fait preuve de beaucoup de discipline, de rigueur, qui s’impose des limites et de l’ascèse… On pourrait douter du type 7 et penser à un type 1… Alors que c’est simplement sa contre-passion d’austérité qui s’exprime, puisqu’on peut observer tous les autres mécanismes de l’ennéatype 7.
 

Utiliser l'ennéagramme pour mieux se connaître

 

Passion et contre-passion sont des mécanismes fascinants qui concernent TOUS les types de personnalité de l’ennéagramme.

On peut les observer chez nous et chez les autres types, développant ainsi une lucidité sur nous et sur le monde.

 

 

Grâce à l’ennéagramme et avec le courage de nous voir tels que nous sommes, nous ne sommes plus dupes des mécanismes de notre ennéatype.

 

 

Le passion est le premier mécanisme que l’on peut apprendre à voir avec la fixation.

 

 

C’est le mécanisme le plus proche de la surface, il nous permet de voir que notre ego prédomine par l’activation de la compulsion, donc que nous sommes en protection du pan du réel sacrifié.

 

Pour rester aveugle à notre évitement compulsif, toute la cascade égotique se met en route et nourrit notre modèle du monde.

 

 

Ainsi, ta seule mission (si tant est qu’il y en ait une), c’est d’observer la passion ou la contre-passion de ton type, et de te donner suffisamment d’amour et d’espace pour fonctionner autrement dès lors que tu la notifies.

 

Toute situation de vie du quotidien est une occasion à observer nos mécanismes.

 

Les films, séries, sont de belles occasions pour s’entraîner à voir les mécanismes de chaque type et à pratiquer concrètement l’ennéagramme.

Tu peux aussi t’amuser à le voir chez les autres types, pour ta propre compréhension du monde et de l’ennéagramme.

 

 

Attention au jugement qui pourrait survenir, avec les 2000 ans de chrétienté derrière nous, l’image des 7 péchés capitaux, on a tôt fait de se fouetter. 

 

Il n’est pas question de vouloir être une bonne personne, laissons de côté ce délire de pureté dogmatique et toxique.

 

Sans présence, sans volonté de se voir tel qu’on est, l’ennéagramme n’a, à mon sens, aucune utilité.

 

D’où l’intérêt d’avoir un miroir.

 

Si tu souhaites un miroir pour mieux te connaître et voir tes angles morts, tu peux profiter d’un bilan de personnalité offert.